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Message du jour de notre curé
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Message du jour de notre curé

Luçon le jeudi 2 avril 2020

17ème jour de confinement

Chers frères et sœurs,

Il y a 15 ans aujourd’hui le St Pape Jean-Paul II retournait vers la maison du Père. C’était le samedi 2 avril 2005, à 21h37. Le samedi qui suivait Pâques et donc le début du 2ème dimanche de Pâques, dimanche de la Divine miséricorde. 

Parmi les nombreux messages de son long pontificat de plus de 26 ans, une des phrases les plus marquantes fut « N’ayez pas peur » dite au tout début, lors de son homélie d’intronisation, le 22 octobre 1978 sur la Place St Pierre :

« N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! (…) N’ayez pas peur ! Le Christ sait « ce qu’il y a dans l’homme » ! Et lui seul le sait !

Aujourd’hui, si souvent l’homme ignore ce qu’il porte au-dedans de lui, dans les profondeurs de son esprit et de son cœur. Si souvent il est incertain du sens de sa vie sur cette terre. Il est envahi par le doute qui se transforme en désespoir. Permettez donc — je vous prie, je vous implore avec humilité et confiance, — permettez au Christ de parler à l’homme. Lui seul a les paroles de vie, oui, de vie éternelle ! »

En ce jour anniversaire du décès de cette immense figure de sainteté, il peut être bon de nous en remettre à sa prière et à son intercession dans le Ciel. Lui qui a vécu des drames terribles dans sa vie : la mort de sa mère, de son grand frère puis de son père, se retrouvant sans famille à l’âge de 21 ans ! Il a dû affronter les deux régimes politiques les plus diaboliques : le nazisme et le communisme qui ont tué nombre de ses amis proches. Faisant face à toutes ces oppositions, à toutes ces violences, à toutes ces incertitudes, il s’est totalement remis au Christ entre les mains de la Vierge Marie ! Et le Christ en lui, par Marie, a fait des merveilles pour le bien de toute l’Eglise et de l’humanité !

Je vous partage un de ses plus beaux textes, redécouvert assez récemment, et qui révèle véritablement la profondeur de sa pensée et de sa prière à la suite du Christ sur le don désintéressé de soi-même. C’est un texte un peu long et exigeant mais magnifique et lumineux. Bonne lecture !

 

                                                                                                             JEAN-PAUL II

                                                                                      Méditation sur « le don désintéressé »

                                                                                                   (Inédit, 8 février 1994)

1. Le créé comme don

L’homme peut-il dire à un autre homme « Dieu t’a donné à moi » ? Quand j’étais jeune prêtre et pasteur d’âmes, mon directeur spirituel me dit : « Peut-être que  Dieu  désire te  donner  cette personne...», ce qui contenait l’encouragement à avoir confiance en Dieu et à accueillir le don qu’un homme devient pour un autre. Il est probable qu’au début je ne me rendis pas compte à quel point était profonde  la  vérité sur Dieu, sur l’homme, sur le monde, que contenaient ces mots. Et pourtant le monde,  ce  monde où  nous  vivons,le  monde  humain est  un  lieu où  se  réalise continuellement,  de différentes manières, l’échange des dons. Les hommes vivent non seulement l’un à côté de l’autre, ils vivent avec des références diverses, ils vivent l’un pour l’autre, ils sont l’un pour l’autre frère ou sœur, mari ou  femme,  ami,éducateur  ou  en phase  d’éducation.  Il peut  sembler  qu’il n’y  ait  rien là d’extraordinaire. C’est une simple image  de la  vie  humaine.Cette  image  émerge et  se  précise à certains moments, et c’est justement là que se réalise le don de l’homme à un autre. 

Non seulement les hommes s’unissent entre eux, mais c’est Dieu qui les donne l’un à l’autre. C’est ainsi que se  réalise  son plan créateur.  Comme  nous le lisons  dans  le Livre  de  la Genèse,  Dieu créa le monde visible pour l’homme et lui dit de dominer sur toute la terre (cf. Gn 1, 28) et lui confia tout le monde des créatures qui sont inférieures à l’homme. Cependant, cette domination de l’homme sur le monde créé doit considérer aussi le bien de chaque créature. Le Livre de la Genèse rappelle que le Créateur vit que tout était bon. Le créé est un bien pour l’homme si l’homme est « bon » envers les créatures qui l’entourent : avec les animaux, les plantes et même les créatures inanimées. Si l’homme est « bon » pour eux, s’il ne les détruit pas sans motif ou ne les exploite pas d’une manière insensée. Alors les créatures créent pour lui un milieu naturel en devenant par certains côtés ses « amis ». Non seulement ils lui permettent de survivre, mais aussi de se retrouver lui-même.

Dieu, en créant, révéla sa Gloire et toute la richesse du monde créé, il la donna à l’homme afin que, avant tout, il en jouisse, il s’y « repose » (citation du poète Norwid : il se reposait –il se régénère –il va), afin qu’il y retrouve Dieu et en ce sens, se retrouve lui-même. Aujourd’hui nous parlons souvent d’«écologie», à savoir de prendre soin du milieu naturel. A la base de l’écologie ainsi conçue se trouve le mystère de la création: elle est un don à l’homme, un don grand et  continuel des biens du cosmos, ceux qu’il expérimente directement et ceux qu’il découvre par les diverses méthodes de la recherche scientifique. L’humanité apprend  toujours davantage  sur  la richesse  du  cosmos,bien qu’elle ne reconnaisse pas toujours que cette richesse provient des mains du Créateur. Il existe toutefois des moments où les hommes, même non croyants, perçoivent la vérité du don du Créateur et commencent à prier, en admettant que tout cela est don du Créateur.

Nous lisons dans le Livre de la Genèse que le dernier jour de la création, Dieu appela à la vie l’homme : homme et femme il les créa (cf. Gn. 1, 26-27). Il créa, en ce cas cela signifie encore plus : il donna, réciproquement, l’un à l’autre. Il donna à l’homme la féminité de cet être humain qui lui ressemblait,  il en  fit  son«aide»  et  en même  temps  il le  donna,  lui,à  la  femme.Quand  nous  lisons attentivement le contenu du Livre de la Genèse, nous devons retrouver en un certain sens le début de ce don.

Voici l’homme qui se sent seul au milieu des créatures qui ne lui ressemblent pas, il se trouve donc devant un être qui lui est semblable. Dans la femme créée par Dieu, il retrouve « l’aide » qui lui ressemble  (cf. Gn  2,18)  et  il faut  comprendre  cette«  aide»  dans le  sens  le plus  fondamental.  La femme est donnée à l’homme afin qu’il puisse se comprendre lui-même, et réciproquement, l’homme est  donné à  la  femme avec  le  même objectif.  Ils  doivent se  confirmer  mutuellement leur  propre humanité, en s’émerveillant de sa double richesse. Devant cette première femme créée par Dieu l’homme a certainement pensé :  «Dieu t’a donnée à moi». Il l’a même exprimé, avec des mots différents, mais il a dit justement cela (cf. Gn 2, 23). La prise de conscience du don et de la donation est clairement inscrite dans l’image biblique de la création. La femme est devenue pour l’homme surtout une source d’admiration. En même temps que sa création se révéla dans le monde  ce  que Gertrud von Le Fort définit: ‘Das ewig Weibliche’.

 

2. Donner et confier

«Dieu t’a donné à moi». Comme on le voit, ces paroles que j’entendis dans ma jeunesse ne venaient pas du hasard. Dieu nous donne vraiment les personnes, les frères, les sœurs en humanité en commençant  par  nos parents.  Puis,  avec le temps,  quand  nous grandissons,  il  met sur  le  chemin de notre vie des personnes toujours nouvelles. Et chacune de ces personnes  est en un certain sens un don pour nous, de chacune nous pouvons dire «Dieu t’a donnée à moi». Cette prise de conscience devient pour chacun de nous une source de richesse intérieure. Ce serait grave si nous n’étions pas capables de reconnaître cette richesse qu’est tout homme pour nous, si nous nous refermions exclusivement  sur notre propre «moi», en perdant ce vaste horizon qui, avec les années qui passent, s’ouvre devant les yeux de notre âme.

Qui est l’homme ? Si le Livre de la Genèse au début dit qu’il est image et ressemblance de Dieu, cela signifie qu’en lui se trouve une plénitude particulière de l’être. Il est - comme l’enseigne le Concile – «seule créature  sur  terre que Dieu  a  voulue pour  elle-même»    (Gaudiumet  Spes, n°  24). Donc entre l’être pour soi-même et l’être pour les autres existe un lien très profond. Celui-là seul qui se possède lui-même peut devenir le don désintéressé pour les autres. Ainsi est Dieu dans l’indicible mystère de sa vie intérieure. L’homme aussi, dès le début, a été appelé à une semblable existence. C’est pourquoi Dieu le créa  homme et  femme.  En créant  la  femme,au  contraire,  et en la mettant devant les yeux de l’homme il provoqua dans le cœur de ce dernier la prise de conscience du don. « Elle  est de  moi  et elle  est  pour moi,  et  grâce à  elle  je peux  devenir  don, car  elle-même  est le  don pour moi».

J’ai souligné souvent que dans la femme créée se trouve en un certain sens la dernière parole de Dieu créateur. Pourtant la féminité signifie le futur de l’homme. La féminité signifie la maternité et la  maternité  est la  première forme de cette remise confiante de l’homme à l’homme. « Dieu veut  te donner un autre homme, c’est-à-dire Dieu veut te confier cet homme, et confier signifie que Dieu te croit capable d’accueillir ce don, de l’embrasser avec ton cœur, de répondre à ce don par le don de toi-même». De cette manière, en créant l’homme comme homme et femme Dieu transmet à l’humanité le mystère de cette communion qui est le contenu de Sa vie intérieure. L’homme est introduit dans le mystère  de Dieu  à  travers le  fait  que sa  liberté se soumet au droit de l’amour, et l’amour crée la communion interhumaine.

Dieu Créateur de l’homme n’est pas uniquement le Seigneur tout-puissant de tout ce qui existe mais il est Dieu de la communion. Et c’est justement cette communion le point de la ressemblance particulière de l’homme à Dieu. A travers l’homme elle doit irradier tout le créé afin que le créé devienne « le cosmos », la communion de l’homme avec tout ce qui est créé, ainsi que la communion du créé avec l’homme. François d’Assise est cette figure de l’histoire où la vérité sur la communion du créé a retrouvé son expression particulière. Le lieu exact de la communion est surtout l’homme, homme et femme, que depuis l’origine Dieu a appelé à devenir l’un pour l’autre le don désintéressé.

 

3. La sensibilité à la beauté

L’amour  a tant  de  visages .Il  semble  que le  premier  de ceux-ci  soit  la complaisance désintéressée « amor complacentiae ». Dieu, qui est Amour, transmet à l’homme cette forme d’amour –amour qui se complaît. Les yeux du Créateur qui embrassent tout l’univers créé, se focalisent avant tout sur l’homme qui est objet d’une complaisance particulière du Créateur. Ils se concentrent sur tous les deux: sur l’homme et sur la femme ainsi qu’Il les a créés. Peut-être cela peut-il expliquer ce que le Livre de la Genèse souligne : que tous deux étaient nus mais n’en avaient pas honte (cf. Gn 2, 25). Par ailleurs, l’auteur de la Lettre aux Hébreux nous dira que : « (...) tout est nu et découvert aux yeux de Celui à qui nous devons rendre compte » (He 4, 13).

Dieu comprend l’homme et la femme dans toute la vérité de leur humanité. Dans cette vérité, Il  trouve lui-même  sa  complaisance de  Créateur  et  de  Père.Et  il  greffe cette  complaisance désintéressée dans leur cœur. Il les rend capables de complaisance réciproque entre eux : la femme se révèle dans les yeux de l’homme comme une synthèse particulière de la beauté de la création entière, et lui se révèle de même à ses yeux à elle. Le fait qu’ils soient nus ne devient aucunement une source de honte:  celle-ci est profondément transformée par l’amour que le Créateur éprouve pour eux. On pourrait parler ici d’une « absorption de la honte à travers l’amour », et c’est l’amour de Dieu lui-même.  Cet amour  leur  permet d’être dans  une confiance  réciproque  et de  jouir  l’un de  l’autre réciproquement comme don en toute simplicité et ingénuité, il leur permet de se sentir pourvus de leur humanité qui pour toujours doit conserver cette double forme de masculinité et de féminité.

Il vaut la peine de tourner notre attention vers le fait que les paroles qui constituent le mariage ne sont pas les premiers mots que le Créateur adresse à l’homme et à la femme. Ils parlent de l’union corporelle de l’homme et de la femme dans le mariage comme de la perspective de leur choix futur: l’homme doit quitter son père et sa mère et s’unir à sa femme pour n’être plus qu’un avec elle, donnant origine à la vie nouvelle (cf. Gn 2, 24). La perspective de la continuation du genre humain est dès l’origine liée à cette constitution créatrice  de  Dieu. Cependant  la  perspective seule  admet  déjà l’amour de complaisance. Ils doivent trouver l’un dans l’autre la complaisance réciproque, ils doivent découvrir la beauté d’être des hommes, et alors dans leurs cœurs naîtra le désir de donner l’humanité à d’autres créatures que Dieu leur donnera au fil du temps. 

On commettrait une grande erreur si l’on pensait que dans la description biblique de l’homme l’aspect dominant soit biologique. Le Créateur dit:  «Soyez  féconds,multipliez-vous,  emplissez  la terre et soumettez-la»  (Gn  1,28); mais avant tout il crée dans leur cœur la dimension intérieure de l’amoureuse complaisance, et dans cette dimension domine surtout la beauté. On peut dire qu’ainsi en même  temps  que la  création  de la  femme  le Créateur libère dans l’homme toute cette immense aspiration à la beauté qui deviendra le sens de la création humaine, de la création artistique, mais pas seulement. Dans toute création spirituelle de l’homme se trouve une certaine aspiration à la beauté, la recherche de ses incarnations toujours nouvelles, la recherche de nouvelles sources de cette admiration qui est indispensable à l’homme autant que la nourriture et la boisson. Norwid écrira un jour:  «La beauté existe pour s’émerveiller au travail, le travail pour pouvoir ressusciter». Si l’homme ressuscite vraiment  à  travers le  travail,  à travers  les  différents travaux  qu’il  fait,c’est  justement  grâce à l’inspiration que lui donne la beauté:la  beauté  du monde  visible,  et en  particulier  la beauté  de  la femme. 

Ce concept apparaît dans toute l’histoire de l’homme, en particulier dans l’histoire du salut. Le point culminant de cette histoire est la Résurrection du Christ, et la résurrection est la révélation de la beauté absolue,  la  révélation annoncée d’avance, déjà sur le mont Thabor. Et les yeux des Apôtres furent enchantés de cette beauté, ils désirèrent rester auprès d’elle et la beauté de la Transfiguration leur donna la force de survivre à l’humiliante Passion du Christ transfiguré. La beauté est source  de force pour l’homme. Elle inspire pour travailler, elle éclaire l’obscurité de l’existence humaine, elle permet de surmonter grâce au bien, le mal et la souffrance, car l’espérance de la résurrection ne peut pas nous décevoir. Tous les hommes le savent déjà, chaque homme et chaque femme, depuis l’époque où le Christ est ressuscité.

La Résurrection du Christ donne origine à la renaissance de cette beauté que l’homme a perdue à travers le péché. Saint Paul parle du nouvel Adam (cf. Rm 5, 12-21). Ailleurs il parle d’une grande attente du créé: la révélation des fils de Dieu (cf. Rm 8, 19). Effectivement, dans l’humanité persistent le désir et la nostalgie de cette beauté que Dieu a donnée à l’homme en le créant homme et femme. L’humanité continue aussi à chercher la forme de cette beauté dont nous retrouvons l’expression dans toute la créativité humaine. Si la créativité est une révélation particulière de l’homme, alors elle est aussi la  révélation  de cette  attente  dont parle  saint  Paul. Cette  attente  est liée  à  la souffrance,  étant donné que «(...) toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement» (Rm 8, 22).Le cœur humain a la nostalgie de cette beauté des origines que le Créateur donna à l’homme, et c’est en même temps la nostalgie de la communion où se révélait le don désintéressé. Pourtant cette beauté et cette communion ne sont pas un bien perdu pour toujours; elles sont un bien à récupérer, et en ce sens chaque homme est donné à l’autre, chaque femme à l’homme et chaque homme  à  la femme.

 

4. La rédemption du corps

Les efforts de l’esprit humain liés à l’aspiration à la beauté de la personne et à la beauté de la communion se heurtent à un seuil. L’homme trébuche sur ce seuil. Au lieu de retrouver la beauté, il la perd,  il  encrée seulement  un  avant-goût. L’homme remplit sa civilisation de ce goût de la beauté, mais ce n’est pas la civilisation de la beauté, car elle n’est pas engendrée par cet amour éternel avec lequel Dieu appela l’homme à la vie, et le fit  beau ainsi qu’il fit belle la communion des personnes: homme et  femme.  Norwid, qui  avait  une grande  intuition  de cette  vérité,  écrivit que  la  beauté est  la forme de l’amour. On ne peut pas créer la beauté si l’on ne participe pas à cet amour, à ce regard avec lequel Dieu, depuis le commencement, enveloppa le monde créé par lui, et dans ce monde, l’homme créé par lui.

Tout cela ne signifie pas qu’à notre époque il n’existe pas des personnes qui luttent de toutes leurs forces. Ces personnes n’ont jamais manqué. C’est pourquoi  le bilan  général  de la  civilisation humaine est toujours positif quand même. Ceux qui le constituent sont des génies et des saints, ils sont peu nombreux mais grands. Ils sont tous des témoins de ce qu’il faut faire pour sortir de la médiocrité, et en particulier pour surmonter le mal par le bien, pour retrouver le bien et le beau malgré toutes les dégradations auxquelles cède la civilisation humaine. Comme on le voit, ce seuil où l’homme trébuche n’est pas insurmontable. Il faut seulement être conscients que ce seuil existe, et avoir le courage de le franchir continuellement.

Dans  quelle direction  faut-il  franchir ce  seuil?  Je  dirais  dans la  direction  de cette  conviction que  «Dieu donne à l’homme un autre homme», dans l’homme il lui donne tout le créé,le  monde entier. Quand l’homme découvre ce don désintéressé, qui est un autre homme, alors en quelque sorte il découvre en lui le monde entier. Il faut se rendre compte du fait que ce don peut cesser d’être désintéressé dans le cœur de l’homme. L’homme peut devenir pour l’autre un objet à utiliser. C’est cela qui menace le plus notre civilisation, en particulier celle du monde riche matériellement. Alors la complaisance désintéressée est remplacée dans le cœur humain par le désir de s’emparer de l’autre et de l’utiliser. Ce désir est une grande menace non seulement pour les autres, mais avant tout pour l’homme qui y cède. Cet homme détruit au-dedans de lui-même la capacité d’être un don, il détruit en lui  la capacité  de  suivre la  règle:  «être davantage homme»,  et  il cède  au  contraire à la tentation  de suivre  la règle:  «avoir  davantage» -avoir plus de sensations, plus d’émotions, plus de plaisirs, et avoir le moins possible de vraies valeurs, le moins possible de souffrance créative en vue du bien, le moins possible de disponibilité à payer de sa personne pour le bien et le beau de l’humanité, le moins possible de participation à la rédemption.

L’autre  personne,la  femme  pour l’homme ou  bien  l’homme pour  la  femme,est  un  bien grandiose  et indicible justement parce qu’il est racheté. La rédemption se comprend d’une manière exacte comme une grande dette qui pèse sur l’humanité à cause du péché. Néanmoins elle est en même temps,  ou  peut-être avant tout, la nouvelle donation à l’homme et à l’humanité entière,  de  ce bien et  de  ce beau  qui  lui est  donné  dans le  mystère  de  la création.  Dans  la rédemption  tout  devient nouveau  (cf. Ap.21,  5). En un certain sens, est redonnée à l’homme sa masculinité, sa féminité, la capacité  d’être pour  l’autre,  la capacité  d’être  réciproquement  dans la  communion.  Dans cette perspective, les mots «Dieu t’a donné à moi» acquièrent un sens tout neuf. Dieu donne un homme à un autre d’une manière neuve à travers le Christ, en qui la pleine valeur de l’homme, que celui-ci  a eue dès  le  commencement,qu’il a  eue  dans le  mystère  de  la  création,se  révèle  d’une manière nouvelle, et se réalise de même.

Tout homme est porteur d’une valeur inestimable. Cette valeur, ce prix, c’est de Dieu qu’il l’obtient, de Dieu qui s’est lui-même fait homme, qui a révélé la divinité confiée par certains côtés à l’homme,  et  qui a  créé  un nouvel  ordre  de relations  interpersonnelles.  Dans cet  ordre  nouveau l’homme est encore davantage cette « (...) seule  créature  sur terre  que  Dieu a  voulue  pour elle-même» (Gaudium et Spes, n° 24), et en même temps cet être personnel semblable à Dieu qui «(...) ne  peut  pleinement se  trouver  que par  le  don désintéressé  de  lui-même»(ibid.).  La  rédemption est donc l’ouverture des yeux de l’homme sur tout l’ordre nouveau du monde construit selon la règle du don désintéressé.  C’est  un ordre  profondément  personnel et  en  même temps  sacramentel.  La rédemption redit le caractère ‘sacré’ du créé tout entier, elle confirme le caractère ‘sacré’ de l’homme créé  homme et  femme,  et  la  source de ce ‘sacré’ est dans la sainteté de Dieu lui-même qui s’est fait homme.En  étant  le sacrement  de  Dieu présent  dans  le monde, il  transforme  le monde  en  sacrement pour Dieu. 

Dans  le contexte  de  la rédemption  qui  est advenue  par  le sacrifice  du  Corps et  du  Sang du Christ,  la  ‘sacralité’du  corps  humain devient  plus  transparente,même  quand  ce corps  est complètement abîmé ou détérioré comme l’était le corps du Christ durant sa Passion. Le corps humain a sa dignité qui dérive aussi de ce ‘sacré’, que ce soit le corps de l’homme ou celui de la femme. La rédemption réalisée dans le corps a pour conséquence en un certain sens une dimension particulière de la sacralité du corps humain. Cette sacralité exclut qu’il puisse devenir un objet à utiliser. Et chaque être humain, en particulier de sexe masculin, est gardien de cette sacralité et de cette dignité. «Suis-je le gardien de mon frère?» demandait Caïn (Gn 4,9), donnant ainsi origine à la terrible civilisation de mort dans l’histoire de l’humanité. Le Christ se met au centre de cette civilisation, il se met au centre de la question de Caïn, et il répond: «Oui, tu es le gardien –tu es le gardien de la sacralité, le gardien de la dignité de l’homme en toute femme et en tout homme. Tu es gardien de la sacralité de son corps à  elle,elle  doit  rester pour  toi  un objet  de  culte. Alors  tu  jouiras de  la  beauté que Dieu  lui a  donnée depuis le  commencement et  elle en jouira  avec  toi, elle  se  sentira en  sécurité aux yeux  de son  frère, elle sera heureuse de sa féminité, donnée par le Seigneur. Et alors cette «femme éternelle» (das ewig Weibliche) sera de nouveau le don intact de la civilisation humaine, l’inspiration de la créativité et la source de beauté qui a été faite «pour ressusciter». N’est-ce pas peut-être pour cela que la source de toutes ces résurrections humaines est devenue le corps de la femme, la beauté de la mère, celle de la sœur, celle de l’épouse –cette beauté qui retrouve son sommet dans la Mère de Dieu?

 

5. Totus Tuus

« Que tu es belle, mon amie » (Ct 1, 15). Si le Cantique des Cantiques est avant tout le poème de l’amour des époux humains, il est aussi en même temps très concret et ouvert à de très nombreuses significations.  L’Église  se sert  des  paroles du  Cantique  des Cantiques  dans  la liturgie,  surtout lorsqu’elle concerne les vierges ou les femmes qui sont mortes martyres pour le Christ. La citation ci-dessus nous parle surtout d’une grande illumination de la beauté féminine, et pas uniquement (et certainement pas avant tout) de la beauté sensuelle, mais plus encore de la beauté spirituelle. On peut même ajouter que la beauté spirituelle conditionne l’autre. La seule beauté du corps ne résiste pas d’ordinaire à l’épreuve du temps.

C’est particulièrement important pour l’homme à qui Dieu a donné  un  autre homme,  comme j’ai pu l’expérimenter si souvent dans ma vie. Dieu m’a donné tant de personnes, jeunes et âgées, garçons et filles, pères et mères, veuves, bien portants et malades. Toujours, quand il me les donnait, il me  les  confiait en  même temps, et aujourd’hui je vois que je pourrais écrire un récit à propos de chacun d’eux: ce serait la monographie sur un don désintéressé concret qui est l’homme. Il y avait parmi eux des personnes simples, des ouvriers d’usine ;  et aussi  des  étudiants et des  professeurs d’université, des médecins et des avocats;  il  y avait  enfin  des prêtres  et  des personnes  consacrées.  Parmi eux, évidemment, des hommes et des femmes. Une longue route m’a amené à découvrir le « génie  féminin »,mais  la  Providence seule  a fait en sorte qu’est arrivé le temps où ce génie est reconnu et par certains côtés s’est illuminé.

Je pense que tout homme, quel que soit son état de vie et sa vocation, doit entendre une fois les paroles que Joseph de Nazareth a entendues : « Ne crains pas de prendre avec toi Marie » (Mt. 1, 20). Ne crains pas de prendre avec toi, cela signifie : fais tout pour reconnaître le don qu’elle est pour toi. Crains seulement une chose, c’est de t’approprier ce don, cela seulement est à craindre. Pendant tout le temps  où elle restera  pour  toi  le  don de  Dieu lui-même,  tu pourras  tranquillement  jouir de tout ce qu’est ce don. Et plus encore, tu devrais faire tout ce que tu peux afin de reconnaître ce don pour lui en démontrer,  à  elle-même,la  valeur  unique.Chaque homme est unique. Le fait d’être unique n’est pas une restriction, c’est au contraire la démonstration de la profondeur. Peut-être Dieu veut-il que tu lui dises justement en quoi consiste cette valeur unique, et sa beauté particulière. Dans ce cas, n’aie pas peur d’éprouver de la complaisance. L’amour de complaisance («amor complacentiae») est, et il peut être de toute façon, la participation à cette éternelle complaisance que Dieu trouve dans l’homme qu’il  a  créé.Si  tu  crains,à  juste  titre,afin  que  ta complaisance  ne devienne  pas  une force  de destruction, n’aie pas peur d’avance. Ce seront les fruits qui prouveront si ta complaisance était créative.

Il suffit  de  regarder toutes  les  femmes qui  apparaissent  autour du  Christ,  à commencer  par Marie-Madeleine et la Samaritaine, et aussi les sœurs de Lazare, jusqu’à celle qui est la plus sainte, bénie  entre  toutes les  femmes.  Tune  dois  jamais juger  le  sens du  don  de Dieu.  Prie  avec beaucoup d’humilité pour savoir être le gardien de ta sœur, afin que dans les  limites  du rayonnement  de  ta masculinité, elle-même retrouve le chemin de sa vocation et la sainteté qui lui est destinée dans le plan de  Dieu.Immense  est  la force  spirituelle  de la  femme.  Une fois  libérée,  elle a  l’audace  d’une intrépidité beaucoup plus grande, elle est disposée à tant de sacrifices auxquels parfois un homme ose à peine penser. Voilà pourquoi l’Église, qui en est bien consciente, répète les paroles du Cantique des Cantiques « Que tu es belle, mon amie ».

Enfin, il est juste d’ajouter que  dans cette  méditation  sur le  «don  désintéressé»est  caché d’une certaine façon un long chemin, un «itinéraire» intérieur qui partait de ce que m’avait dit mon directeur  spirituel  dans ma  jeunesse,  pour aller  jusqu’à  ce «Totus  Tuus»  qui m’accompagne continuellement depuis  tant  d’années. Je  l’ai  découvert à  l’époque  de l’Occupation,  quand  je travaillais  comme ouvrier  chez  Solvay. Je  le  découvris en  lisant  le Traité de  la  vraie dévotion  à  la Mère de Dieu, de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. C’était le moment où j’avais déjà choisi le sacerdoce et où tout en travaillant manuellement, j’étudiais la philosophie. Je me rendais compte que la vocation sacerdotale mettrait sur ma route tant de gens et que Dieu me confierait d’une manière particulière chacun et chacune d’entre eux:«il  donnera»  et«confiera». C’est justement alors que surgit en moi ce grand besoin de me confier à Marie qui s’exprime dans ces mots:«Totus  Tuus». C’est moins une déclaration, qu’une prière. Afin de ne pas céder à la tentation,  même pas  sous  une forme bien  cachée. Afin de rester pur, c’est-à-dire «transparent» pour Dieu et pour les hommes. Afin que mon regard soit pur, et mon écoute, et mon esprit aussi. Afin que tout serve à la révélation de la beauté que Dieu donne aux hommes.

                         Il me revient à l’esprit la citation du « Piano de Chopin », de Norwid : 

                         « Je vins chez Toi en ces avant-derniers jours

                         De ce fil inachevé -Pleins comme Mythe

                         Pâles comme aurore...

                        Quand le terme de la vie chuchote au commencement :

                        ‘Je ne T’userai pas – non ! – Je mettrai en évidence !...’».

                        Je n’userai pas, ... je ne détruirai pas, ... je ne diminuerai pas,... je mettrai en évidence... «Totus  Tuus».  Oui.Il  faut  être totalement  un  don, un  don désintéressé pour  reconnaître  en chaque personne ce don qu’elle est. Afin de remercier pour ce don de la personne au Donateur ».

 

Les contemplatives, « maîtresses de la vie cachée et heureuse »

Dans une lettre adressée aux religieuses contemplatives italiennes, l'évêque d'Avellino rappelle leur rôle essentiel dans cette période difficile de confinement, même si elles vivent loin des regards.

Mgr Arturo Aiello, l'évêque du diocèse d'Avellino en Campanie, a écrit une lettre aux religieuses contemplatives italiennes dans laquelle il développe une réflexion sur le désert, en cette période de confinement. Dans le diocèse d'Avellino, deux monastères mobilisent des religieuses dans la fabrication de masques pour lutter contre l'épidémie.

Dans sa lettre aux religieuses, l'évêque souligne que leur prière et leur style de vie en clôture nous apportent beaucoup d'enseignements en cette période troublée. Une lettre à portée universelle, qui peut nous aider à redécouvrir la vertu du silence et la grandeur des petites choses. 

En voici la traduction, assurée par les Clarisses d'Assise (Sœurs Colettines françaises) : 

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Méditation de la Parole de Dieu du jour

Dialogue de sourds entre Jésus et certains Juifs ! Ces derniers ont une conception horizontale de la religion où la lettre de la Loi l’emporte sur l’esprit et ils sont bloqués sur leur schéma de pensée et enfermés dans leur logique ! Un peu comme le monde ! Un peu comme nous aussi parfois !

Ce qui manque à ces Juifs, comme au Monde, comme à nous aussi parfois, c’est de bien voir qui est Jésus ! Pas simplement un simple Rabbi ou un maître spirituel, si grand soit-il ! Il est bien plus…

Beaucoup de grands esprits de nos jours ainsi qu’un certain nombre de personnes vont trouver Jésus « sympa », une belle figure, un bel exemple comme un guide et un maître, mais pas plus…un homme comme les autres…

Nous, comme chrétiens, comme disciples de Jésus, nous sommes invités à croire vraiment que Jésus Christ est vrai homme et vrai Dieu, qu’il est le Messie, le Fils du Dieu vivant ! Que la mort ne vaincra pas sur lui comme sur aucun de ses disciples : « si quelqu’un garde ma parole, jamais il ne verra la mort ». Pour vivre de cette immortalité de l’âme et du cœur et ce, dès à présent, il faut entrer dans l’intimité du mystère du Christ comme l’évangéliste St Jean, le Disciple bien-aimé, qui a reposé sa tête sur la poitrine et le cœur de Notre Seigneur à la Dernière Cène et qui a reçu Marie pour Mère au pied de la Croix.

 

Résolutions et intentions de prière du jour

  • Je prends de lire un livre entier de la Bible : le livre de Tobie, ou le livre d’Esther ou de Ruth ou bien tous les psaumes ou le Cantique des cantiques, ou la Genèse, etc. Vous avez le choix !
  • Prions pour tous les commerçants, les caissières, les routiers et tous ceux qui travaillent pour permettre aux autres de se nourrir et de vivre en ce temps de confinement.

 

Saint du jour

                                                                                       Saint François de Paule

                                                            Ermite, fondateur de l'ordre des Minimes (mort en 1507)

Confesseur.

Considéré par ses parents comme l'enfant d'un miracle accompli par le Poverello, saint François d'Assise, il en reçut le prénom. François Martotelli est né dans le village de Paola en Calabre d'où son nom. Tout jeune, il entre chez les Cordeliers (une branche de la famille franciscaine). Il s'y distingue bien vite par des grâces exceptionnelles, comme de se retrouver en deux endroits en même temps. Après un pèlerinage, il se retire dans une grotte à quelque distance du couvent. D'autres solitaires le rejoignent : ils deviendront en 1460, l'Ordre des Minimes, religieux voués à l'humilité superlative. François continue bonnement ses humbles excentricités : on dit qu'il traversa le détroit de Messine en marchant sur la mer. Sur injonction du Pape Sixte IV, il se rend à Plessis-lès-Tours, au chevet du roi de France Louis XI. Après le décès du monarque, le fondateur va rester un quart de siècle à la cour de France. Affectueusement surnommé "le bonhomme" par le peuple qui le vénère, ce simple frère-laïc bénit inlassablement cierges et chapelets. Pourtant il gouverne à merveille la vie spirituelle des prêtres, évêques et rois.

 

Dicton du jour

Au moment où commence avril, L'esprit doit se montrer subtil

 

Citations et belles pensées du jour

« Ne prétendons aucunement que notre vie est vertueuse et que nous sommes sans péché. Pour que notre vie mérite l’éloge, demandons pardon. Les hommes sans espérance, moins ils font attention à leurs propres péchés, plus ils sont curieux des péchés d’autrui. Ils ne cherchent pas ce qu’ils vont corriger, mais ce qu’ils vont critiquer. Et puisqu’ils ne peuvent pas s’excuser, ils sont prêts à accuser les autres (…) »

(St Augustin 354-430)

 

« Dieu fait servir les vents contraires pour mieux nous conduire au port »

(Bx Charles de Foucauld, 1858-1916)

 

Prière du jour

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Mercredi 1er avril 2020 :

Message du jour de notre curé
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Mardi 31 mars 2020 :

Message du jour de notre curé
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Lundi 30 mars 2020 :

Message du jour de notre curé
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